Les 3 E dans le rôle de facilitateur en équipe de co-facilitateurs

Intro

Les 3 œufs ? Non, il ne s’agit pas d’une énième recette d’omelette. Quoi que… Dans ce qui suit, il s’agit de 3 axes opérationnels par lesquels il est possible de donner une saveur particulière à l’action en équipe et de cultiver l’esprit d’équipe. Si nous battons la métaphore des 3 E, nous pourrions dire que pour cette omelette en équipe, il faut au moins (prendre soin de) 3 E : l’Equipement, l’Entraînement et l’Equipier.

Origine

Ces 3 E ont émergé lors de la conception d’un module de formation dont la proposition est d’intégrer les émotions comme levier de la qualité dans les relations professionnelles. Relation client, relation hiérarchique, relation intra et inter équipes

Une partie de cette formation qu’il me revient de faciliter est consacrée à l’intégration des émotions dans la relation en situations d’urgence et/ou de tension. Et mes équipiers formateurs de m’inviter comme une évidence (pour eux!) à partager avec les apprenants en intro du module de formation, mes expériences professionnelles où le rapport aux émotions avait joué une part importante dans les relations et dans l’action.

Alors oui, j’ai bien passé quelques mois sur un bateau de la Marine Nationale. Ce genre de bateau capable de naviguer plusieurs semaines avec un équipage de plus de cent personnes. Où chacun a plusieurs métiers. Un métier de l’armée. Un métier de sécurité. Un métier d’entretien. Pour ma part : détecteur anti sous-marin, pompier incendie, peintre et ménage. Il y a beaucoup de chose à repeindre sur un bateau ! Mais au vue des émotions dans la relation avec un équipier, c’est vers le pompier incendie que mon regard s’est retourné.

Quelques années plus tard, c’est le métier d’administrateur de systèmes informatiques, en charge d’un réseau interne mondial de production et de diffusion d’informations journalistiques, qui en y regardant à nouveau, m’a fait vivre de grands moments d’émotions lors de certaines interventions, par exemple en relation avec un journaliste sur le terrain, avec un client exigent de la presse écrite ou audiovisuelle, ou avec un collègue en situation délicate à l’étranger.

C’est en réexaminant les points communs de ces deux expériences métiers, au travers des pratiques, des méthodes, et de leurs effets sur la dynamiques des relations entre équipiers, que m’est venue la synthèse des 3 E, Equipement, Entraînement, Equipier.

En effet, de mon point de vue, dans leur exercice professionnel, le pompier et l’adminsys ont des aires de pratiques et des méthodes communes. Et en fait, comme dans beaucoup d’autres métiers !

Ils travaillent avec un Equipement adéquate, spécialisé, super entretenu, mille fois vérifié, qu’ils connaissent par cœur et savent réparer, adapter, transposer, remplacer, bref utiliser dans toutes les circonstances possibles et inimaginables.

D’ailleurs c’est avec ce même équipement qu’ils s’entraînent, se forment, se forgent, aiguisent leur pratique. L’Entraînement, sans relâche. Cela fait partie intègre du métier. S’entraîner, tester, éprouver. Le matériel, les gestes, les protocoles. Et on recommence. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus besoin de réfléchir, de savoir comment ça marche pour agir. On arrive dans la zone de la maîtrise. Les gestes de bases, les gestes qui sauvent, sont des réflexes en mode automatique. Comme à l’entraînement. Quand il faut prendre une décision, rapide, en situation à haut risque, avec peu de marge, ce n’est plus le moment de se demander comment ci ou ça marche, comment on fait. Ainsi, les gestes intégrés au niveau réflexe libèrent les ressources pour rester vigilant, penser, communiquer, agir au bon moment au bon endroit, garder le contact avec les personnes, les victimes, les usagers, les clients, et les équipiers.

Dans ces deux métiers, comme dans beaucoup d’autres, on n’agit pas seul. L’Equipier est de mise. Dire qu’il faut savoir travailler en équipe relève du pléonasme, voire d’une lapalissade ! A certains moments d’intervention, il arrive qu’on se retrouve seul, brièvement, rarement. L’équipier apparaît au moins mentalement dès que l’alarme retenti. Rejoindre le point de rencontre pour le pompier. Ouvrir les applications de connexion et de traçage de panne pour l’adminsys. Des repères conçus et maintes fois validés en équipe. Puis on s’équipe, et-on-se-check ! Je vérifie mon matériel, je vérifie ton matériel, je vérifie que tu as vérifié mon matériel, je vérifie que tu as vu que j’avais vérifié et réciproquement. Et pas que le matériel, mais aussi l’état dans lequel on est. Les regards, les commentaires, souvent courts, en mode plaisanterie, ou pas, en disent long. Le rituel est consommé. Les équipiers s’engagent corps et âmes et coopérants dans l’intervention. Le barrage de l’adrénaline peut enfin céder…

Parallèle

Pour en revenir à notre rôle de facilitateur en équipe, voici des exemples de ce qu’on peut trouver dans ses 3 E.

Equipement : matériels et outils de communication, de conception et d’intervention. Téléphone, ordinateur, tenue vestimentaire, méthode d’animation, déroulé pédagogique, synthèse d’intervention, post-it (et oui…) feutres, sticky wall, paper board, papier, ciseaux, pâte à modeler, Lego, confiseries, (cf plus bas une liste de matériels pour une intervention), site web, outil de collaboration numérique, visioconférence, etc.

Entraînement : les espaces et la démarche d’amélioration constante des pratiques. Formation, filage, feedback, organisation des réunions de travail (stratégie commerciale, cadrage des demandes, conception d’intervention, etc) avec les outils d’intervention (dans le jargon on dit : manger la soupe qu’on vend), retour sur expérience, partage de pratique, régulation, intervision, supervision, développement personnel, certification, accréditation, lecture technique et/ou  inspirante, partage et transmission des savoirs, rédaction d’article de blog 🙂 conférence, reconnaissance et développement de la profession, etc.

Equipier : quelles questions je poserais à mes équipiers pour apprendre à fonctionner ensemble ? A quel système de valeur nous référons-nous ? Pourquoi formaliser nos règles de fonctionnement en équipe ? Combien de temps, d’argent, pour une intervention ? Go / No go ? Comment savoir de quoi tu as besoin ? Comment cela te convient-il que je te dise de quoi j’ai besoin ? A quoi savons-nous que nous sommes prêts à intervenir ? Quels sont nos codes de communication discrète en situation ? Où sont les limites de notre confort ? Qui fait quoi dans telle ou telle situation ? Quand choisissons-nous de nous rendre disponible ? Pourquoi briefer et débrifer nos actions ? Quelles méthodes pour apprendre de nos prestations, les améliorer, nous améliorer ? Alors, on se la célèbre cette réussite ou quoi ? etc.

Ci-dessous une liste produite lors d’un atelier interne à l’équipage Développer les talents, en réponse à :

Qu’avez-vous déjà remarqué qui relève des 3 E dans nos pratiques professionnelles Développer les talents ?

  • La coanimation en intervention.
  • Le déroulé pédagogique.
  • Les rencontres équipages mensuelles.
  • Nous mangeons la soupe que nous préparons.
  • Les apprentissages post-intervention.
  • Se parler les uns les autres, communiquer au groupe, se dire « les choses ».
  • Prendre le temps [notamment pour le point précédent].
  • Traverser la zone d’inconfort [ensemble].
  • Aller jusqu’au bout « des choses ».
  • L’entraînement continue sur le terrain des interventions.
  • La méthode de travail / feedback sur les méthodes.
  • Le check du check c’est le check brillant VS le check et mat !
  • Entraînement sur mon matériel avec mon équipe – bah le réseau ça va pas.
  • Grâce à nos différences je continue d’apprendre malgré mon âge.
  • La stimulation que produit la diversité.
  • Faire confiance au processus.

Conclusion

Un E pour les unir tous, l’Esprit d’équipe ! Une conclusion en forme de proposition pour :

  • Considérer et vous approprier les 3 E comme une des conditions, un des systèmes de repères et de pratiques pour favoriser l’émergence, le développement et la culture de l’Esprit de votre équipe.
  • Partager les 3 E sur votre réseau social préféré, et en commentaire, raconter vos expériences, vos réflexions, vos idées de mise en pratique.

Je terminerais par le partage d’un point crucial de notre expérience pédagogique, en évoquant l’effet modélisant, par la puissance de l’exemplarité, de l’application des 3 E entre co-facilitateurs dans nos interventions. Certes la préparation d’une facilitation est capitale pour l’émergence de la dynamique et de l’intelligence collective. Et, lorsque le collectif de participants vit la facilitation au travers d’interactions fluides, équilibrées, co-responsables, complémentaires, etc., entre les co-facilitateurs, nous nous disons que les 3 E y sont pour quelque chose dans l’effet whouaou du vécu et des résultats du collectif !

Ma liste de matériel pour les facilitations :

MATERIELS

QANTITES / REMARQUES

Appareil photo / caméra

1 (pour nourrir le fil d’actu DLT 😀

Bol(s) chantant(s) (instrument musique)

1 ou 2 ou 3 selon affinités

Bougie + briquet + support

1 de chaque

Bouteille d’eau

1 *

Cartes de photolangage

1

Ciseaux bouts ronds

12

Colle aérosol « 3M Re Mout »

1 (usage unique, pour encoller le sticky wall)

Confiseries

2 boîtes

Feutres couleurs (gros)

5

Feutres couleurs (standards)

50

Feutres Velleda

4 couleurs

Ficelle (fil des engagements)

20 mètres

Ficelle cuisine (stycky wall)

20 mètres

Gants latex

20 paires

Gel hydo alcoolique

1

Gong (instrument musique)

1

Masques protection emb. indiv.

20

Ordinateur portable ou clé USB

1 * (si diaporama et/ou vidéo)

Paper boards

2 *

Papier A4 blanc 80gr

1/3 ramette

Papier A4 couleurs 80gr

50 x 5 couleurs

Papier A5 couleurs 120gr

20

Pâte à fixe

80 pastilles

Pelottes de laine

3 couleurs

Pinces à linge

20

Post it

4 couleurs

Retroprojecteur

1 * (si diaporama et/ou vidéo)

Scotch peinture

1 rouleau

Scotch transparent

1 rouleau

Smartphone ou Tablette

1 (pour faire signer les émargements en ligne)

Sticky wall

3 x 1,5 mètres

Supports rigides pour écriture avec pince

12

Tingbar (instrument musique)

1

Tsingtha (instrument musique)

1 paire

* parfois (mieux vaux que ça soit) fourni par le client

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Au cours de 25 années de projets techniques pour l’industrie et le tertiaire, ma sensibilité m’engage au service de la qualité des relations humaines et professionnelles. C’est en premier lieu sur le terrain de l'entreprise que j’expérimente intuitivement la résistance au changement. Ma quête de sens, les rencontres et les formations m’orientent vers le métier “d’accompagnant du changement”. En ce sens, je conjugue depuis 2010 des pratiques telles que le Kototama (mouvements corporels et sons vocalisés, famille de l’Aïkido), l’Hypnose Clinique, le Travail par la Voix (approche psycho-corporelle), le Coaching individuel et d’Équipe, l’Accompagnement par le Toucher (pratique kinesthésique), le Groupe de Codéveloppement Professionnel, la Facilitation des Dynamiques Collectives.