Dire sans dire : telle est la performance de la prétérition est une figure de style par laquelle on met l’accent sur une chose tout en déclarant ne pas en parler ou ne pas y souscrire. Cette figure paradoxale vise donc un double effet : attirer l’attention sur le sujet qu’on feint de négliger et mettre en relief le suivant
Le procédé vient du latin praeteritio, « action de passer sous silence ».
Imaginez quelqu’un que vous connaissez, la bouche pincée vous dire : « Inutile de vous préciser que nous sommes déjà en retard » ou alors « Je ne voudrais pas dire du mal de lui, mais… » ou enfin « Je ne parlerai même pas de son incompétence ».
On peut aussi entendre parfois
- Sans vouloir être méchante, ce n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir !
- Je ne rappellerai pas les mises en examen de mon adversaire

Ou encore chez Montesquieu
- « Car je voudrais vous faire oublier que je suis votre maître, pour me souvenir seulement que je suis votre époux. », Lettres Persannes (1721)
Et la meilleure 😉 chez Audiard ! Ton Antoine commence à me les briser….
Enfin, dans un style un peu différent, le célèbre « si je peux me permettre, » !! Arnaque totale, quelqu’un qui vous a dit cela a –t’il déjà attendu votre accord pour continuer sa phrase. Précaution : Portez un casque car ce qui va suivre est rarement réjouissant (jugement, critique, méchanceté,..)
On retrouve une logique proche de la prétérition : feindre la retenue pour mieux faire passer ce qu’on veut dire.
Chez Brassens
« Sous prétexte de bruit, sous couleur de réclame,
Ai-j'le droit de ternir l'honneur de cette dame
En criant sur les toits, et sur l'air des lampions
“Madame la marquis' m'a foutu des morpions !” »
(Les Trompettes de la renommée)
Et voilà un petit tour de prétéritions, certaines me font penser à des Profils process Com sous stress, menaces, surexigence…. Mais ça , c’est une autre histoire !
Sources :
- « Quand dire c’est influencer. Psychologie de la persuasion, Sandrine Zufferey, Steve Oswaldet Pascal Gygax
- com : Benoît Melançon est professeur titulaire au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. Il a été directeur scientifique des Presses de cette université de 2002 à 2016 et fondateur du blogue délicieux L’oreille tendue
